La disparition de Marcel Wormser est une cause d’affliction pour tous ceux que rassemble, après un siècle écoulé, un attachement inentamé à la haute figure de Georges Clemenceau. Parmi ces fidèles, celui que nous perdons s’était assuré la place du premier rang, régénérant sans cesse, à l’endroit de sa personne, au long des années, les ressorts de notre amitié et notre gratitude.

Dans la gestion, naguère, longtemps, du musée de la rue Franklin, puis dans son inflexible présidence de la Société des Amis, il avait manifesté la plus désintéressée des continuités dynastiques. Ses deux frères, André et Jean-Louis, l’avaient longtemps accompagné dans les diverses expressions d’une inlassable fidélité : au Tigre, certes, mais aussi, indissolublement, à son propre père qui, comme on le sait, fut le proche collaborateur du président de la Victoire. Nous savons le rôle prestigieux que Georges Wormser avait joué aux origines de la perpétuation d’un souvenir et comment il en avait transmis le devoir à la génération qui le suivait -en attendant la suivante.

En prenant la relève, Marcel avait manifesté des qualités hors de pair dans cette tâche désintéressée, dont les exigences étaient arrachées à ses devoirs professionnels de banquier. Au centre, j’inscrirai la générosité du cœur qui le rendait attentif à tous les chagrins qui pouvaient surgir alentour et toujours soucieux de les soulager. Sa curiosité était inlassable et on le voyait guetter l’émergence des moindres traces du grand homme, à la fois pour enrichir la collection qu’avait commencée son père et pour en faire bénéficier les lieux où s’inscrivait la mémoire. Son énergie ne cessait pas d’aiguillonner de nouveaux projets clemencistes – tels ces grands colloques dont il fut l’initiateur et le parrain. Elle ne se lassait pas de fouetter les diverses initiatives intellectuelles et civiques qui naissaient autour de notre grand homme et, au-delà de lui, la défense et l’illustration de la République.

Nous serons tristes, désormais, de vivre sans Marcel, devant la statue des Champs-Élysées, cette cérémonie du 11 novembre qu’il éclairait chaque année par un propos où il ne manquait jamais de laisser entendre et comprendre les échos contemporains d’un destin sans pareil. Nous le retrouvions toujours présent dans les lieux, marqués par le passé ou prometteurs d’un avenir, où sonnait fort l’écho d’un souvenir. En face de Clemenceau, il ne se portait jamais jusqu’à l’excès d’une dévotion, mais son action de célébration n’en prenait que plus de vigueur. Car il était lucide autant qu’il était affectif. Il fut jeune jusqu’au bout. Nous pleurons un homme de bien.

 

Jean-Noël Jeanneney

Président de la Fondation du musée Clemenceau

 

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